CHRONIQUE 39

2019-02-07T18:47:22+00:00 February 7th, 2019|

ANNIHILATION n’est pas un film au sens où on l’entend, c’est d’abord la volonté de mettre en scène un récit éveillé. Ce n’est pas une œuvre à observer comme on suit une histoire qui ferait appel à notre sens rationnel, même si tout y fait sens. Il s’agit presque ici d’une œuvre artistique pure, d’avantage que d’un objet de divertissement. Pour l’apprécier il faut se demander ce que l’on peut ou doit en faire, il faut prendre en main les lignes que l’œuvre développe afin de faire reculer nos propres limites conceptuelles. Ce film ouvre la pensée, et c’est à chacun d’utiliser cette porte. Pour le comprendre il faut le percevoir comme une œuvre musicale, et en ce sens c’est un chef d’œuvre.
Je viens de le regarder, mais déjà je perçois combien il aurait mérité de recevoir 30 minutes de plus, il pouvait nous emmener plus loin, après nous avoir demander de le suivre tout au long de ce chemin. Si le film a été mal reçu par certains, c’est qu’il n’est pas généreux, ou plutôt, la promesse de sa générosité façonnée par des scènes étudiées, s’envole avec la fin du film surgissant arbitrairement. Le film souffre du format grand public, alors qu’il aurait dû assumer sa structure expérimentale. C’est dommage.
Portman et Oscar Isaac sont ici tout à fait impliqués dans la démarche, ils ont compris le sens du film avec une justesse remarquable qui là aussi dépasse ce format 115 mn trop bridé. Doublement dommage. A trop vouloir les sauver Hollywood détruit ses chefs d’œuvre.