CHRONIQUE 29

2019-01-10T02:37:45+00:00 January 4th, 2019|

A propos de la Menace Fantôme en commentaire de l’anaylse d’un Youtuber:

Alors je sais que nous sommes dans une époque ou l’expression narcissique prévaut sur le contenu analytique, c’est-à-dire que la critique est devenue un espace d’expression de ce qui a été apprécié ou pas. Le jugement affectif prévaut sur l’analyse d’une œuvre, c’est le règne du “J’aime/j’aime pas.”

Ce fait généralisé aujourd’hui dans l’ensemble de la critique ou presque se manifeste dans l’impossibilité de discuter d’une œuvre, car l’affectif est toujours au premier plan. Ce qui me vaut cette première insulte de « tocard » alors que je posais la question en toute sincérité étant donné que je soulevais un problème exposé dans l’analyse de Durendal.

Que le jugement affectif prévaut sur l’analyse d’une œuvre cela signifie que le critique va trouver des arguments pour démontrer que ce qu’il aime est raisonnable. Quand la critique ne devrait seulement analyser l’aspect technique de l’écriture, de la réalisation ou de la démarche artistique, le goût personnel pouvant intervenir en fin d’analyse, brièvement, car sans intérêt. Mais Durendal fait ici tout  l’inverse.
Par exemple il expose l’accueil positif à la sortie du film. Son analyse est faussée par son jugement affectif car L’épisode 1 à fait 1,027 milliard USD et l’épisode 2 n’a fait que 649,4 millions USD*. Ce qui démontre que les spectateurs n’ont pas aimé le premier épisode. Quand le film est sorti, la très grande majorité des personnes que je connaissais à l’époque ont trouvé le film mauvais. Évidement il n’y avait pas internet, et la critique presse et télé étant unanimes derrière la sortie du film pour acquiescer sur le génie de Lucas, notre amis Durendal confond opinions des spectateurs (absolument pas relayées à l’époque) et critique médiatique subventionnée. Il fait la confusion entre l’opinion des spectateurs et le bruit de fond médiatique. Comme beaucoup de spectateurs j’ai vu l’épisode 1, que j’ai trouvé ennuyeux: Dark Maul est petit et peinturluré genre Heavy Metal, avec des cornes (que c’est orignal…), il ne parle pas (est-il débile ?), n’a d’autorité sur rien, et la quasi-totalité du film est une course dont l’enjeu est idiot et pilotée par un enfant à la psychologie hors contexte. C’est Liam Nielson qui sauve le film de l’abime par son charisme et comme beaucoup je ne suis pas allé voir l’épisode 2.

Et plutôt que de faire cette analyse, il nous parle de Jajar, là aussi avec des arguments faussés par ses sentiments : 6P0 n’est ni « con », ni « antipathique », il joue le rôle de notre pensée rationnelle : » N’allez pas par là, c’est dangereux ! » « On va échouer ! » « J’ai peur ! » « Excusez-moi ! Ne me punissez pas ! ». Durendal fait confondre le profil de Jajar avec celui de 6PO, car il cherche des arguments pour justifier ce qu’il aime.  Les deux personnages sont totalement différents. Durendal ne le voit pas car son analyse est affective. L’utilisation du terme anglais pseudo-technique « Comic Relief » est là pour donner l’illusion de l’objectivité. Par exemple, il dira juste après, « je préfère largement un Jajar un peu lourd mais pas au point d’être insupportable, à ces saloperies d’Ewoks. » C’est de l’humour, mais on voit ici qu’il n’aime pas les Ewoks, c’est-à-dire qu’il est animé par son jugement affectif à propos d’un personnage débile qu’il préfère à un genre d’ours en cours d’humanisation, pourquoi pas, chacun ses goûts. Il a le droit, on est libre d’aimer ou pas, mais cela ne doit pas entrer en ligne de compte dans une critique de cinema. Dans une critique le goût personnel apparait en fin d’analyse, c’est très difficile et cela demande de la rigueur. Par exemple quand il dit à propos de Ewoks, « on ne met pas la peluche devant la caméra », il oublie de préciser qu’il n’y a jamais eu de compagne de vente de peluche Ewok, alors qu’il y a eu des Jajar vendus à toutes les sauces. Là encore son analyse est biaisée par son ressentit affectif.
De plus il confond à propos de 6PO et Jajar« exaspération du public », et effet de style. L’exaspération n’est pas un effet de style, c’est un échec de la narration et 6PO n’a jamais exaspéré le public. Il termine est rappelant que Jajar est minuscule dans le film, ce qui est vrai, mais alors pourquoi en parler pendant si longtemps (2mn sur 13 soit 15%) ?  C’est la même chose avec les midichloriens, qui est aussi un détail minuscule du film, ce sont des détails car la symbolique qu’ils portent n’ont aucune profondeur.

Autre détails faux, le titre « A New Hope » a été ajouté plusieurs années après la sortie du film, et au moment de l’écriture du Star Wars de 77, les deux épisodes suivants n’était pas écrit du tout, même dans les grande lignes.

Plus sérieusement, Durendal dit à propos de Vador « ce que l’on sait […] c’est que sa femme est morte. » Faux, il n’a jamais été dit que la mère de Luke et Leia, dont Vador est le père, était sa femme. Durendal confond géniteur et famille. Et dans un récit de science-fiction, ce n’est pas un détail, c’est cela qui change tout. L’histoire d’amour n’a jamais été induite dans le récit initial, c’est un ajout de la Menace Fantôme. C’est une idée parmi d’autres, mais était-ce la plus pertinente pou traité d’un récit initiatique qui oppose les forces de domination aux instincts libres? Et on vient au cœur de l’analyse et de son erreur : « le reste n’est que logique, si c’est un Jedi qui est passé du côté obscur, c’est forcément que c’était un Jedi fragile, dont les sentiments pouvaient facilement prendre le dessus, et pas uniquement la colère ou la violence, mais aussi l’amour et l’attachement. Puisqu’il a eu une compagne et des enfants. Il est donc logique qu’il est des émotions à fleur de peau, qu’il ait été un Jedi implique qu’il parvenait à contrôler ses émotions et pour glisser du côté obscur il fallait que ses émotions soient extrêmement fortes […]. » Tout ce qui est dit ici, est un jugement affectif personnel qui n’est pas fondé sur le récit initial de l’œuvre. Jamais il n’est dit dans Star Wars qu’un sith est un Jedi fragile ni même qu’un Jedi est sans émotion. Yoda fait preuve de beaucoup d’émotion et d’humour, tout comme Obiwan, Yoda est même espiègle et joueur, voir exaspérant. Et d’ailleurs, c’est plutôt Tarkin ou Darth vador qui sont sans émotion. Ils ne sont pas en colère ou haineux. Au contraire ils sont froids et objectifs à l’image des Directeurs de ressources humaines ou de ces grandes firmes qui exploitent le monde. Les humains, animaux, Nature… sont des ressources disponibles, qu’il faut contrôler pour étendre un pouvoir. Et cela sans émotions. Car il faut renoncer à ses émotions pour massacrer des Ewoks. Dans la trilogie initiale, Obiwan et Yoda mettent en alerte Luke vis-à-vis de la peur et de la haine car il forme le côté obscur, et surtout le point faible de Luke, car il est animé par la passion. Mais cela ne signifie pas que le côté obscur sont fait de sentiments. Être Jedi ce n’est pas contrôler ses émotions. Être Jedi c’est apprendre à élever son être afin d’animer la vertu dans ses actes.

Durendal donne l’impression de poser une critique objective, car on lui fait confiance sur la vérification de ses sources, pourtant toutes ses analyses dans cette vidéo sont basées sur son rapport affectif à l’œuvre, œuvre qu’il a envie de défendre, ce qui est légitime, mais il le fait avec des arguments biaisés, car motivés par son rapport affectif. Une analyse rationnelle lui montrerait que la narration de ce film est un échec pour une seule raison : le personnage d’Anakin est artificiel et hors sujet.

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